Le 13 mars dernier, le pétrolier ravitailleur "Meuse", de la Marine Nationale, faisait escale dans le port d'Iskenderun . Un détachement de marins s'est rendu au cimetière militaire français pour une cérémonie présidée par l'ambassadeur, M.Bernard Emié. Le commandant de la garnison était représenté par un capitaine de vaisseau de la marine turque.
Le lieutenant-colonel de La Ruelle, attaché de défense en Turquie est venu d'Ankara pour participer à la cérémonie. Il a prononcé un discours dont voici un extrait:
C'est dans ce cimetière d'Iskenderun qu'ont été regroupées les tombes des soldats français morts au
cours de la campagne de Cilicie des années 1919 à 1921.
La présence militaire française en Cilicie s'explique par le fait qu'à l'issue de la Première Guerre
mondiale, la France reçoit, avec l'accord du sultan de l'Empire Ottoman, un mandat de la Société
des Nations sur la région afin de maintenir l'ordre, préserver la sécurité entre des populations
déchirées et remettre en marche l'agriculture.
Les premières troupes arrivent dès juin 1919 dans la région. Ce sont principalement des soldats de
la classe 18, nés en 1898, qui partent de métropole, d'Afrique Noire ou du Maghreb. Leurs unités
sont le 412ème Régiment d'Infanterie, le 15ème Régiment de Tirailleurs Sénégalais, le 271ème
Régiment d'Artillerie d'Algérie, le 19ème régiment de Tirailleurs Algériens. Ils arrivent
principalement du Limousin, des départements de la Loire et de Corse. Beaucoup sont des soldats
des colonies de l'Empire.
Ceux de la classe 19 ou 20 qui arrivent en renfort n'ont guère le temps de s'acclimater.
L'action de la France est vue d'abord avec inquiétude puis avec une hostilité déclarée par la
population turque qui considère que les troupes françaises sont dans la région pour aider au
rétablissement des populations qui en ont été chassées pendant les épreuves de la Première Guerre
mondiale. Les escarmouches deviennent quotidiennes et les garnisons françaises, trop peu
nombreuses et faiblement équipées, sont régulièrement assiégées dans les grandes villes.
En fonction des lieux des combats, nos compatriotes sont tombés à quelques centaines de
kilomètres d'ici, à Pozanti, à Karaman Maras, ou encore à Sanli Urfa, sur une région couvrant trois
à quatre départements français. Beaucoup de soldats sont aussi morts de maladie. Le nombre exact
des morts et des blessés est difficile à évaluer.[...]
Les pertes augmentent, s'ajoutant ainsi, pour la France, au traumatisme des années 1914-1918.
Parallèlement le sultan qui réside à Istanbul perd de son autorité face au nouveau mouvement
nationaliste turc dirigé par Mustafa Kemal qui refuse l'occupation étrangère. Prenant en compte ce
nouveau rapport de force en Turquie, les autorités françaises comprennent l'inutilité de poursuivre
une occupation coûteuse et meurtrière. La France envoie une délégation à Ankara du 21 au 23 mai
1920 pour amorcer des négociations. Après un accord signé avec le nouveau gouvernement turc,
les troupes françaises rembarquent en direction de la métropole.
Les derniers prisonniers français sont libérés à l'automne 1921.
Aujourd'hui nous honorons la mémoire des troupes françaises qui ont combattu et nous nous
souvenons de nos morts reposant en terre turque.
Paraphrasant les paroles d'Atatûrk au sujet des morts de la campagne des Dardanelles de 1915, nous
pouvons dire : « Vous les héros qui avez versé votre sang et perdu la vie. Vous reposez désormais
en terre amie. Alors reposez en paix. Vous, les mères, qui avez envoyé vos fils loin de leur patrie,
séchez vos larmes. Vos fils reposent désormais en notre sein, en paix. Après avoir perdu la vie sur
ce sol, ils sont devenus aussi nos fils. »