
La Cilicie, c'est une petite plaine au Sud-Est de la Turquie, là où la côte
méditerranéenne fait un angle droit avant de descendre Nord-Sud vers le Liban.
On appelle cette région la Petite Arménie. Avant l'arrivée des Turcs, il y
avait là un royaume Arménien indépendant. Au temps des croisades, les Francs
trouvaient pratique de s'arrêter là, en pays chrétien et ami, sur la route
de Jérusalem. Puis les Ottomans ont conquis le pays. Mais les Arméniens
sont restés très nombreux. Il y a aussi toutes sortes de
populations en Cilicie, en 1920: des Grecs, des Juifs, des Arabes Chrétiens ou Musulmans,
des Kurdes, des Circassiens venus du Caucase.
Voici ce qu'en dit Paul du Véou, un officier français de la Campagne de Cilicie:
La Cilicie couvre le triangle que la mer, les monts du
Taurus et ceux de l'Amanus limitent aux rives orientales de la Méditerranée.
Marche septentrionale de la Syrie ou bien marche méditerranéenne de l'Arménie,
les géographes et les historiens la rattachent tantôt à l'un, tantôt à l'autre
de ces royaumes. Elle est la seule province d'Asie-Mineure où les Chrétiens ont
formé le plus grand nombre : après les massacres de 1895 et de 1909, ils étaient
encore 215.000 contre 185.000 Musulmans. Les services administratifs du
Haut-commissariat français recensaient en 1920, 120.000 Arméniens, 28.000
Grecs, ottomans pour la plupart, 5.000 Chaldéens et Assyriens, 100.000 Arabes
ansarieh, 30.000 Kurdes et Kizilbaches contrebandiers, 15.000 Tcherkesses ou
Circassiens éleveurs de chevaux, moins de 20.000 Turcs musulmans ; les
Européens résidaient surtout à Mersine ; le commerce était aux mains des
Arméniens et des Grecs. Cette population était peu nombreuse pour une
contrée de cinquante mille kilomètres carrés, le dixième de la France,
dont les montagnes portent deux cent mille hectares de forêts de chênes,
de pins, de hêtres, de tilleuls et dont la plaine, plus fertile que le
delta du Nil, produit du blé, de l'avoine, du sésame, du millet, du riz,
du coton : la Cilicie récoltait avant l'exode des Arméniens, 1.850.000
tonnes de céréales, dont elle exportait 1.400.000 tonnes. Les plantations
de coton produisaient 250.000 tonnes, quantité suffisante à l'industrie
française ; les jardins bien irrigués qui entouraient alors Mersine, Tarsous,
Adana, fournissaient en abondance des légumes, des grenades, des oranges,
des citrons.
Cette plaine s'étend de Mersine à Adana et, au-delà vers l'est, jusqu'à Osmanié.
Deux petits fleuves, le Seihoun et le Djihoun, sortis des massifs du Taurus,
la fécondent. Ils s'enflent quand la neige fond aux bases des montagnes. Ils
déposent alors des alluvions recouvertes d'humus, et l'indolence turque
répugnant à drainer les eaux, des fondrières se forment, infestées de
moustiques, tandis que les terres qui demeurent incultes se couvrent de
hautes herbes d'où émergent seuls quelques bouquets d'arbustes que les
chasseurs incendient pour dépister les léopards.
Au cours de mes recherches au Service Historique de la Défense, j'ai trouvé quelques documents
intéressants pour décrire le contexte de la Campagne de Cilicie. Vous en trouverez des extraits dans les pages suivantes.
Vous pourrez remarquer que les chiffres de la population font l'objet d'estimations très approximatives: mouvements de réfugiés, massacres et absence de recensement. Comment dénombrer les habitants? Paul du Véou l'a fait et cite des chiffres différents de ceux trouvés dans les Archives de l'Armée. Il ne cite pas ses sources.
Dans le rapport de la "Mission Angora" (4H58), j'ai trouvé le portrait de Mustafa Kemal et de ses proches, sous la plume du Capitaine Mazen.